Dans la série : je roule en 2CV…

Comment après maintes péripéties, le calme arriva…

Nous sommes le samedi 9 novembre 1996. Il est 199 705 km au compteur de Cherri. Elle rentre dans le hangar pour se reposer. Elle ne peut plus rouler. Le châssis, bien que renforcé, a été obligé de rendre l’âme.

A la jointure entre la caisse et le châssis, là ou y’a le petit bout de mousse incompréhensible, la caisse s’écrase sur le châssis plié.

Tout avait commencé un jour sans neige, où, nous engageant sur une route prioritaire, après avoir marqué l’arrêt réglementaire au stop, tout en regardant sur la gauche pour parer d’éventuels grenoblois en retard à leur travail, j’entends un cri : « fais gaffe !!! ». La voiture qui me précédait s’était arrêtée au milieu de la chaussée, dans la bande d’accélération. Pas le temps de mettre le pied sur la pédale du milieu que nous étions stoppés sur une Samba. Quel bel air de musique…

Heureusement, le choc n’est pas trop fort, et l’enfant assis à l’arrière d la voiture d’en face ne semble même pas choqué. Mon pare-chocs fait moins le fier. S’étant heurté avec celui de la Talbot, il s’est fait tout petit, trop petit.

Seul le butoir a osé affronter le truc en plastique adverse. Mais entre nous, il aurait mieux fait de s’abstenir, puisque ne faisant pas le poids, il s’est replié sur le capot et sur l’aile, laissant son empreinte indélébile dans ma peinture si précieuse.

Après de brèves excuses, et le constat qu’il était inutile d’en faire, j’entrepris de redresser l’appendice frontal qui n’évite pas les chocs, comme son nom le laisse deviner. Puis, je reprends le volant et là, problème, la direction frotte. Le choc a été plus grave que je ne le pensais.

Le week-end d’après, fin octobre, peut-être emprunt d’un sentiment de revanche ou d’un esprit purement suicidaire, je m’engage avec Cherri sur un chemin de montagne Haut-Alpin, et là, ça recommence, je prends une ornière transversale un peu trop vite, et mon châssis tape et plie. Un pli de plus, où le même qui s’amplifie… Dix minutes plus tard, même route, une flaque cachant une grosse pierre est le point final de la sortie. On fait demi-tour, la 2 CV est basse, certes, on est trois dedans, mais les bavettes touchent la route.

Coup de bol, Jean-Philippe arrive bientôt à Grenoble. En attendant, je ne touche plus à ma 2 CV de la semaine. Elle est là, dans un coma probable, et moi, dans un désespoir certain. Mais, Jean-Philippe arrive. Je dois lui montrer ma voiture. Il l’examine, puis constate : ce n’est pas la direction qui prend le pli du châssis en grinçant, mais en fait, c’est le système de blocage du volant qui frotte. On l’enlève. Ma direction est droite, mais remontée. Ce phénomène peu commun est dû au fait que si le châssis plie gravement, ce qui a pour conséquence de faire rentrer la colonne de direction dans la caisse, celle-ci s’effondre sur le châssis. On a donc une compile entre deux éléments gravement touchés, mais une compile qui tient la route. Moins par moins ça fait plus. Normalement je vais pouvoir rouler encore un moment avant d’avoir des problèmes… C’est dans l’état d’esprit d’un miraculé de la 2 CV que je quitte Jean-Philippe le sauveur. Heureux !!!

Malheureusement, la logique implacable qui régit mes rapports avec ma 2 CV s’est confirmée peu de temps après. Une grande joie ne peut être que suivie d’une grande déception : c’est le cycle de ma vie commune avec ce véhicule.

Le 5 novembre, la caisse continue de s’affaisser, et la direction se désaxe. C’est fini, il faut rentrer, j’ai assez joué avec ma voiture pour le moment, on la ressortira quand je serai plus sage.

Maintenant il faut changer le châssis pour de bon.

En fin de compte, elle se repose à l’abri de la neige, du vandalisme et des dérapages incontrôlés des automobilistes imprudents. C’est pas plus mal? Moi je prends le tram.

Comment après maintes péripéties, le calme arriva…

Vincent LE BIHAN

Ajouter un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *